La pipe de Saint-Claude
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La bouffarde en bruyère de Saint-Claude. Il en est des courbes ou des droites, des courtes ou des longues, des « nature » ou des colorées, des classiques ou des sculptées... C'est bien de la pipe dont on parle et son choix reste une affaire de goût. Si l'on commence souvent par une pipe à tige droite.
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moins sensible à la condensation, on se laisse rapidement envoûter par la diversité des formes et la variété des teintes. Quel que soit votre choix, vous trouverez toujours à Saint-Claude la pipe qui vous va.
La pipe et son histoire
Si les Romains utilisaient déjà la pipe pour fumer des herbes ayant de supposés pouvoirs thérapeutiques, ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'apparaissent les premières pipes à tabac en France lorsque le tabac, prisé depuis son introduction au XVIe siècle, devient fumé.
La production de pipes en terre, tout d'abord en Angleterre au XVIe siècle puis en Hollande au XVIIe siècle, se concentre alors dans le nord de la France. Se développe ensuite la pipe en fer, puis la pipe en porcelaine, très fragile, mais qui présente une meilleure résistance à la chaleur et se prête à une plus grande variété d'ornements. Puis apparaît la pipe en écume, sculptée dans un minéral, le silicate hydraté de magnésium, appelé « écume de mer » dont le prix très élevé en fait un présent réservé à l'aristocratie et la haute bourgeoisie.
La fabrication de la pipe en bois
La pipe en bois ne connaît de véritable développement industriel en France, et surtout à Cogolin puis à Saint-Claude, qu'avec la découverte, au milieu du XIXe siècle du bois idéal : la bruyère. Les bois testés auparavant donnaient en effet un goût désagréable au tabac en brûlant et la tête de la pipe brûlait plus ou moins avec le tabac. La découverte de ce bois dur et dense permet alors de fabriquer des pipes dont le fourneau ne brûle plus.![]()
La bruyère arborescente pousse à l'état sauvage sur le littoral méditerranéen. C'est un arbuste à fleurs blanches qui possède une excroissance en forme de boule, celle-ci pouvant mesurer jusqu'à 60 cm, entre le tronc et les racines, appelée « souche ». Celle-ci uniquement est utilisée pour la fabrication des pipes. C'est dans la souche de cette bruyère (à la racine pour les pipes classiques et au pourtour de la racine pour les pipes plus prestigieuses) que les ébauchons, morceaux rectangulaires, sont découpés et étuvés, pour ensuite subir les différentes étapes de la fabrication de la pipe
- Le calibrage, étape durant laquelle l'artisan remodèle les angles et les plans de l'ébauchon et lui donne l'épaisseur qu'aura la pipe.
- L'ébauchage fait apparaître le foyer et le fourneau de la pipe en tournant l'ébauchon qui est alors façonné par des outils coupants.
- La tige, ensuite maintenue entre deux mâchoires, est alors tournée. C'est le varlopage.
- Le fraisage permet d'ôter l'excédent de bois restant entre les parties tournées à l'aide d'une fraise à lames multiples.
- Le râpage permet ensuite de peaufiner le travail de la fraise en éliminant les coins arrières de la base du fourneau.
- Le foyer, ainsi que la tige peuvent être alors percés avec la mèche d'une perceuse horizontale, opération très délicate puisque le débouchage doit être très précis afin d'éviter de futurs problèmes de tirage.
- La tête de la pipe a désormais sa taille définitive et il s'agit alors d'effectuer un premier choix parmi les différentes qualités, afin d'éliminer les têtes présentant des défauts et qui seront corrigées avant d'être vérifiées lors du deuxième choix.
- Le montage consiste en l'assemblage du tuyau sur la pipe, tuyau dont le floc (partie cylindrique du tuyau de la pipe qui entre dans la tige) est façonné pour s'adapter avec précision à la tige. Par soufflage (air comprimé), on élimine les impuretés présentes dans le tuyau ou la tige.
- Le polissage sur les têtes et les tuyaux (tuyaux dont la matière est le merisier, la corne, l'os, l'ambre, l'ébonite, la résine ou le plastique), travail minutieux souvent féminin, donne à la pipe son aspect final.
- Pour finir, la pipe est mise en couleur avec un pinceau ou un tampon. Cette teinte est uniformisée à l'aide de rouleaux de cretonne, puis la pipe est cirée ou vernie et enfin, marquée.
Mais pourquoi et comment cette bruyère méditerranéenne a-t-elle été exploitée dans notre Haut-Jura ?
Au VIIe siècle déjà, les moines de Saint-Claude sont tourneurs sur bois et forment des artisans. Au XIIe siècle, la ville devient une étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle grâce au corps de Claude, évêque de Besançon, venu finir ses jours à Saint-Claude, retrouvé intact 400 ans après sa mort. Les ateliers de tourneurs se multiplient alors, proposant aux pèlerins des objets de piété en bois.
L'introduction du tabac en France incite ensuite les tourneurs à s'adapter au marché en fabriquant tabatières et pipes en bois du pays (alizier, érable) qui se révèlent rapidement peu résistants. La recherche d'un bois plus approprié les conduit à utiliser le buis. Plusieurs thèses sont ensuite proposées quant à la découverte de ce bois qui ne brûle pas : la bruyère. Nous retiendrons celle selon laquelle un négociant aurait présenté à un tourneur san-claudien « une pipe dont le fourneau ne brûle pas », pipe sculptée dans une souche de bruyère. Après vérification, le tourneur lança la fabrication de nombreuses pipes taillées dans ce bois. C'est ainsi que la production de pipes de bruyère croît rapidement et élève la ville de Saint-Claude au rang de capitale mondiale de la pipe.
La pipe à Saint-Claude aujourd'hui
Même si la production a aujourd'hui fortement baissé (40 000 000 pipes par an au début du siècle, 450 000 aujourd'hui), il n'en reste pas moins un attachement très fort des san-claudiens à cette tradition, attachement qui transparaît au travers notamment de la fabrication de la « plus grosse pipe du monde », pipe en bois, fabriquée par les scouts et qui trône au centre de la ville.
La pipe vit donc toujours à Saint-Claude, grâce à l'industrie pipière bien sûr, mais aussi à la Confrérie des Maîtres Pipiers, association loi 1901 et créée en 1966 à l'instigation d'Edgar Faure, alors élu Premier Fumeur de Pipe de l'année. Depuis, la Confrérie intronise une personnalité par an, parmi lesquelles Jean Richard, Jacques Faizant (créateur d'ailleurs du célèbre slogan : « La pipe, c'est mieux »), Bernard Blier, Michel Drucker, Jean Poiret, Nino Ferrer, Jacques Audiard, et bien d'autres encore. A cette occasion, Paul Lanier sculpte une pipe portrait de la personnalité intronisée, perpétrant ainsi la tradition de la pipe sculptée de bruyère, dont on peut admirer de nombreux modèles au Musée de la Pipe et du Diamant de Saint-Claude.
- Académie internationale de la pipe
- www.alapipedunord.com
- pipes pascomme les autres
- www.pipes-tabacs.com
- Comité International des Pipe Clubs Européens
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